La Belladone de la tristesse

la belladone de la tristesseFilm d’animation japonais sorti en 1973, inspiré de la  La Sorcière de Jules Michelet (publié en 1862). Jules Michelet était un historien qui s’est intéressé à ces femmes qualifiées de sorcières qui finissaient brûlées sur la place publique.
Dans ce film, on voit une jeune femme innocente et amoureuse, qui va subir le droit de cuissage du seigneur des environs, et qui -à partir de ce drame- va peu à peu s’abandonner à Satan.
Les images et l’animation sont très particulières puisqu’il s’agit de dessins manuels, animés sur un rythme assez lent, avec des personnages qui parlent sans qu’on voit leurs lèvres bouger. On a aussi plusieurs passages de transes ou de rêves assez psychédéliques.
Des passages érotiques, avec ce Satan, emblème du mal pour les uns, synonyme de plaisir pour les autres..  Il y a un peu de perversité dans cette oeuvre, mais comme on le ressent bien dans l’histoire, la perversion fait partie de chacun de nous, et mieux vaut l’accepter plutôt que la refouler.. c’est d’ailleurs quelque chose qui semble davantage socialement admis au Japon qu’en Occident.
Un film méconnu, à voir.

Dans ses yeux

dans ses yeux - Ricardo Cardin policierFilm argentin ayant reçu l’oscar du meilleur film étranger en 2010.
Un ex-policier en mal d’inspiration décide d’écrire un roman basé sur l’une des affaires ayant le plus marqué sa carrière. Commence alors un flashback sur la découverte 20 ans plus tôt du cadavre d’une jeune femme sauvagement assassinée.
L’histoire mélange thriller et dénonciation politique : En argentine à cette époque, les gens proches de la dictature au pouvoir étaient épargnés par la justice. On apprécie surtout le personnage principal, Ricardo Darín, très humain, droit, idéaliste et sensible : il prend la défense de son collègue perçu comme un alcoolique par sa hiérarchie, refuse que l’affaire soit classée malgré les pressions, et fait preuve de beaucoup d’empathie envers Pablo Rago, le compagnon de la fille assassinée. Mais il n’est pas parfait pour autant : il ne parvient pas à exprimer ses sentiments envers Soledad Villamil, sa manager, il est un peu déprimé et a l’impression de ne pas avoir réussi grand chose dans sa vie.
En plus des personnages très travaillés, on apprécie le montage avec des sauts en avant et en arrière, ce qui maintient le suspense et nous empêche de nous ennuyer. Le décor et l’histoire nous donne envie d’apprendre l’espagnol et de nous plonger dans l’histoire du pays.
Quant au titre Dans ses yeux, il colle bien au film : souvent le regard est l’élément qui permet de voir à travers les gens, au delà des apparences et des belles paroles.

American Nightmare

american nightmare - ethan hawke purge timeUne nuit par an, aux Etats-Unis, toutes les activités criminelles, meurtres inclus, sont autorisées. C’est la "purge annuelle", durant laquelle tout est permis, même de tuer son voisin, ou des membres de sa propre famille.
Le concept peut intriguer au premier abord, mais on est très vite déçu. Les codes sont ceux d’un film d’horreur (maison sombre, personnages cloîtrés, apeurés) mais on est beaucoup moins angoissé que lorsque la menace est d’origine surnaturelle, comme dans les très réussis Insidious ou Conjuring : Les Dossiers Warren, .
Ici on rigole même avec ces méchants ridicules, qui se la jouent à la "Orange mécanique" avec des masques du tueur psychopathe de Saw.
Après Sinister, c’est la deuxième fois qu’Ethan Hawke s’essaye au film d’angoisse.
On apprécie la prise de risque, mais on le préférait dans Bienvenue à Gattaca ou Les Survivants.
Sans intéret.

Zero Dark Thirty

zero dark thirtyLa traque d’Oussama Ben Laden, vu par les américains. La torture d’un prisonnier (Reda Kateb vu dans Un Prophète) va mener Jessica Chastain, un argent obstiné qui a de l’intuition, sur les traces du messager d’un homme puissant qu’on soupçonne être Oussama.
Pas de preuves concrètes, mais elle est sure à 100% que sa piste va mener à l’homme le plus recherché de la planète, et elle parvient à en convaincre ses supérieurs.
Plusieurs stars au casting : Harold Perrineau Jr. vu dans Lost, James Gandolfini des Sopranos, Kyle Chandler de Demain à la une, Mark Strong vu dans Syriana.. mais l’histoire est uniquement vue du point de vue américain, alors qu’on aurait aimé avoir une vision plus globale.
Un film qui met avant la supériorité militaire américaine, et très dérangeant car il légitime la torture en temps de guerre, l’emploi de la force brute, sans parler du fait qu’il véhicule l’idée que les arabes sont des terroristes..
Finalement j’ai préféré la série Homeland, où Carrie -le personnage féminin équivalent- étaient plus torturé et moins caricatural..

Maurice Béjart, le studio de danse pour maison

maurice bejardDocumentaire de 30 minutes de la série "Une maison, Un artiste".
On découvre l’histoire du chorégraphe Maurice Béjart (1927 – 2007), en visitant quelques lieux dans lesquels il a vécu, en Belgique et en Suisse.
Chorégraphe de plusieurs balais et fondateur d’écoles de danse.
Son lieu de vie à Bruxelles était grandiose : une maison dans la ville, dont le rez-de-chaussée est aménagé en studio de danse, et le grenier en appartement, un grand espace, épuré, avec très peu de meubles,  des coussins et des tapis, un lieu sans lit, où il pouvait choisir de dormir chaque soir dans un endroit différent de la pièce, l’idéal stimuler sa créativité.
Sur les pas de son père le philosophe Gaston Berger, Maurice avait obtenu sa licence de philosophie, et dans les quelques interviews du documentaire, on sent l’homme inspiré :

Danser c’est être, c’est exister, c’est s’exprimer, c’est vivre.
Je crois que la danse, c’est vivre totalement

Ensuite dans sa seconde demeure en Suisse, à Lausanne, il passait son temps dans la salle de répétition, en compagnie de ses danseurs.. une source de jeunesse qui devait lui être indispensable.

Finalement l’homme se plaint de la solitude mais il recherche la solitude, il a besoin de la solitude. Et on ne la trouve pas parce qu’il y a toujours quelqu’un d’autre dans la pensée, parce qu’il y a les souvenirs, parce qu’il y a les objets, parce qu’il y a les sons..
Il y a toujours l’autre, il y a toujours l’autre qui est là magnifique, obsédant..

Un homme singulier qui a laissé des traces, comme l’école de danse Studio Maison Béjart de Bruxelles qui a ouvert en 2013 dans les premiers studios de répétition de l’artiste.

Contes de la folie ordinaire

charles bukowski - find what you love and let it kill youRecueil de nouvelles de Charles Bukowski, avec ce style assez cru et direct qu’on lui connait.
Quelques années après son premier roman Le Postier (publié en 1971), Charles Bukowski se révèle au grand public avec Contes de la folie ordinaire (1975). Un peu moins autobiographique, mais un peu plus subversif..
"Find what you love and let it kill you".. C’est toute la philosophie de Charles Bukowski, dont les personnages masculins rejettent les normes sociales pour s’oublier dans l’alcool et les femmes, en se foutant pas mal de ce que les gens peuvent bien penser.
Les femmes qu’il rencontre sont souvent névrosées, instables, mais c’est cela qu’il lui plait, car un monde sans folie lui parait bien fade. Chacun des personnages vit dans le présent. Peu importe les conséquences de leurs gestes : prison, bagarre ou perte d’emploi. Assumer haut et fort leurs vices, c’est le choix de vie prôné par l’auteur, un choix plus logique à ces yeux que de céder aux conventions établies.
Derrière ces provocations, ces scènes de sexe crûment décrites, se cache néanmoins un homme lucide. Une des nouvelles parle même d’un écrivain forcé à écrire des passages de cul pour plaire à ses éditeurs..
Un livre qui nous rappelle qu’une vie plus éloignée des normes est possible