Fatima

fatimaFilm primé « meilleur film » des César 2016.
Fatima (interprétée par Soria Zeroual, une actrice non professionnelle) est une mère au foyer d’origine algérienne célibataire qui donne tout pour ces deux filles. La plus jeune est une adolescente rebelle en conflit avec sa mère, alors que la plus vieille (Zita Hanrot) entame sa première année de médecine.
Pour que l’aînée puisse réussir ces études, Fatima donne tout : elle vend ses bijoux, et elle travaille comme une acharnée -comme femme de ménage, au risque d’y laisser sa santé- pour que sa fille aînée ait toutes les chances de réussir. Mais la première année de médecine est très difficile, et pour la plus âgée, il faut arriver à gérer le volume de travail, le milieu qui lui est étranger, et la pression familiale qui pèse sur ses épaules.
La vie de Fatima n’est pas facile. Ne parlant pas français, elle a des difficultés d’intégration, elle subit le racisme ordinaire, ainsi que la pression de ses voisines qui sont jalouses des possibilités d’ascension sociale de sa fille. Mais les personnages ne s’apitoient pas sur leur sort. Ils surmontent les injustices et les difficultés, et au lieu de ressentir de la haine envers la société, ça leur donne de la force pour avancer. Une force d’ailleurs que la plupart des autres étudiants en médecine n’ont pas.
C’est en tout cas une belle histoire, qui sans épargner le système, transmet un message d’espoir pour tout ceux qui souhaitent s’en sortir, et qui rappelle que la vie n’est pas confortable pour tout le monde.

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Six Feet Under

six feet under - serie rousse photographeUne des séries les plus touchantes de ma jeunesse.
Je ne verrai plus jamais les pompes funèbres de la même façon. Le contact permanent avec la mort n’est pas déprimant, il renforce au contraire l’idée que nous avons de la chance d’être en vie.

The future is just a fucking concept that we use to avoid being alive today

Une série qui se finit à la cinquième saison en apothéose, sur une musique touchante de Sia « Breathe Me », une scène qui ferait monter les larmes chez n’importe qui ..

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Le Juge et l’assassin

le juge et l'assassinLe jeune Michel Galabru est vraiment étonnant dans ce film. Son personnage dérive progressivement vers la folie : d’abord amoureux déchu qui a tendance à s’emporter, il devient un illuminé, un meurtrier aux pulsions destructrices incontrôlées. Philippe Noiret lui est un juge qui rêve de gloire. Il n’hésite pas à manipuler pour arriver à ses fins : il obtiendra des aveux écrits et la dénégation de la folie de son suspect. Le film est teinté de politique, d’inégalité sociale, de religion. Socialistes / Républicain, pro-Dreyfus / anti-Dreyfus, les conflits majeurs de la fin du XIXe siècle sont là. Les dernières lignes du film, durant le générique, sont assez perturbantes. Elle mettent en relation les 12 victimes mineures de l’assassin et les milliers d’enfants morts dans les usines pendant cette période. Une manière je suppose de rappeler les inégalités de l’époque mais qui, avec notre point de vue actuel, ressemble davantage à une minimisation des meurtres. Qu’importe. Ce film peint la réalité de l’époque, et il fait réfléchir. Bravo Bertrand Tavernier. Il faut voir cette œuvre sans hésiter.

Mon Roi

mon roi - vincent cassel Emmanuelle BercotLorsque Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot se rencontrent, c’est magique, c’est rapidement passionnel, c’est plein d’humour et d’amour. Ayant dépassé la trentaine, ils ne perdent pas de temps. Ils s’installent rapidement ensemble, se marient, et se réjouissent à l’annonce de l’arrivée d’un enfant.
L’histoire est vue du point de vue féminin, et on voit en cet homme providentiel un prince charmant qu’elle n’espérait plus, un « roi » qui la comble. Du moins au départ. En effet, au fur et à mesure, celui-ci déçoit. Malgré son nouveau statut de père, il ne s’engage qu’à moitié : il décide de prendre son propre appartement, il entretient une relation ambiguë avec son ex, il continue de sortir jusqu’au bout de la nuit avec ses potes, laissant sa femme seule avec son début de dépression.
Mais si du point de vue féminin (celui choisie par Maïwenn, réalisatrice), l’homme a le mauvais rôle, il n’est pas le seul responsable.
Après tout, il n’a pas triché, il est resté fidèle à lui même, et ses défauts étaient bien connus de sa femme

On quitte une personne pour les mêmes raisons qui nous attirent au départ

Elle a cru qu’il allait devenir un autre, un père de famille idéal, mais lui est finalement resté constant, puisque dès le départ il s’est présenté -ironiquement certes- comme le « roi des connards », manière de dire qu’il tenait son indépendance.
Est-ce lui qui abuse ? ou sa femme qui a des attentes irréalistes ?
Dans un couple, quelle est la part de sacrifices nécessaires ?
Rester soi-même, chercher son épanouissement n’est-il pas une condition de base à toute relation épanouie ?
L’histoire est loin des concepts modernes d’égalité homme-femme, car dans cette relation, c’est l’homme qui refuse de céder aux exigences de la femme. C’est lui qui a le pouvoir, mais c’est ce pouvoir qui lui permet de rester attirant jusqu’au bout.
Un chef d’oeuvre de Maïwenn porté par deux grands acteurs. A voir.

The World according to Garp

The World According to GarpRobin Williams a grandi sans son père. Sa mère, Glenn Close, est une femme, infirmière, de caractère. Elle l’a élevée volontairement seule, malgré la pression générale, et ne s’en cache pas. C’est une féministe avant l’heure, qui a choisit de disposer de son corps comme elle l’entend.
A son fils, elle enseigne une chose « la mort vient tous nous saisir un jour et il est important de vivre ». Et c’est ainsi qu’il décidera de devenir écrivain, car la jeune Mary Beth Hurt, dont il est amoureux depuis longtemps, adore lire. Lui qui n’a pas encore vécu grand chose écrit quelques nouvelles, comme l’histoire des gants : un homme porte des gants magiques qui lui donnent d’incroyables pouvoirs, comme celui de repousser la mort, mais ces gants l’empêchent de ressentir les choses. Lorsqu’il les enlève, il jouit enfin du sens du toucher mais meurt fatalement..
Une autre nouvelle, inspirée par des amies de sa mère, raconte l’histoire de la communauté d’Ellen Jamesians, un groupe de femmes ayant décidé de vivre ensemble et de se couper la langue volontairement, en soutien à une fille de 11 ans violée dont on a coupé la langue afin qu’elle se taise.
Toutes ces nouvelles accompagnent l’histoire principale et rendent le récit assez riche.
Ce film est adapté d’un livre de John Irving. Certains indices et répliques ne passent pas inaperçus et donnent des pistes sur le déroulement du scénario. Néanmoins, on s’attache à cet homme qui vit sa vie pleinement, qui ne veut pas perdre de temps, et qui n’a pour unique désir que de faire le bien autour de lui. Robin Williams est parfait dans ce rôle d’homme inspiré mais un peu candide. A voir.

Laurence Anyways

laurence anyways - melvil poupaud fille3ème film de Xavier Dolan et une bonne claque.
Dans les années 90, Laurence (Melvil Poupaud) annonce à Fred (Suzanne Clément), sa petite amie, qu’il veut devenir une femme.
Celà va prendre du temps pour comprendre, accepter et finalement encourager cette excentricité, indispensable au bonheur de Laurence, puisqu’il va falloir affronter le regard et l’opinion de la société tout entière..
On reconnait bien le style Dolan, avec une grande place faite aux femmes, des dialogues très intenses que ce soit dans les joies, les disputes, ou les pleurs, et la bande son très présente, à l’image de cette scène sur un air de Moderat : New Error, ou un slow sur du Celine Dion-chanteuse phare qu’on a également entendu dans Mommy. Dans ce couple qu’on peut qualifier de volcanique, à l’image des cheveux rouge de Suzanne Clément, les échanges se font avec beaucoup de franchise, de spontanéité. C’est parfois un peu excessif mais leur lien est très fort. Et malgré une rupture suivie d’un long silence, chacun reste obsédé par l’autre :

« Ou es-tu ? Que portes-tu ? Que fais-tu ? » Je me reveillais, je me posais ces questions sur elle. Je me couchais, avec les mêmes questions..

La relation de Laurence avec ses parents -et notamment sa mère Nathalie Baye- nous livre quelques clés psychologiques pour comprendre les motivations du personnage.  » Je t’ai toujours vu comme ma fille, jamais comme mon fils ».
On voit aussi les difficultés professionnels, car à cause de sa tenue vestimentaire, Laurence perd son emploi de professeur de lettres..
Un grand film, certes un peu long puisqu’il dure 2h38, mais ce n’est pas de trop lorsqu’on défend des valeurs comme l’amour et la liberté. C’est à mon avis LE grand rôle de Melvil Poupaud (vu dans Le Temps qui Reste et Les Sentiments).
A voir.